J’ai changé / Loïc Lantoine

Textes : Loïc Lantoine
Musiques : Éric Philippon, Joseph Doherty, François Pierron et Thomas Fiancette
Réalisation artistique et arrangements : Daniel Yvinec

Il a changé, il va mieux, merci ! Déjà presque dix ans que le loustic Lantoine fait tanguer la langue, chavirer la rime et culbuter les strophes. Avec son complice et alter-égal François Pierron, le chantre de la « chanson pas chantée » a baroudé de bars en gites, de clubs en bouges avec une inaltérable constance et trois albums sous les aisselles : Badaboum, premier essai tapageur en 2004, suivi de Tout est calme deux ans après et du live À l’attaque, en 2008, ont forgé sa réputation de poète routard déglinguant les conventions littéraires et musicales avec un bagout et une pépie dignes d’un Bukowski ch’timi ou d’un Tom Waits nordiste. Sans oublier ses multiples avatars artistiques, du collectif Mon Côté Punk à la Compagnie des Musiques à Ouïr, au sein de laquelle il revisite aussi bien Brassens que Brigitte Fontaine.
Mais foin des références et des comparaisons, il est unique, Loïc. Lui qui, au tout début, se voyait en humble parolier dans l’ombre d’un Allain Leprest est devenu une sorte de troubadour trublion, de cascadeur du quatrain, de rude chameau chamanique capable d’émouvoir en rugissant, de rougir en se mouvant et de chambouler son public plus sûrement qu’un grand huit dans un parc d’attractions. Bête de scène. Malgré lui, affirme-t-il : s’il s’est un jour lancé sur les planches, c’est parce qu’il préférait dire ses textes plutôt que de les faire lire. Un malentendu qu’on ne se lasse pas depuis d’écouter.
Il a changé, Loïc Lantoine. C’est du moins ce qu’il prétend dans le titre de ce nouvel album, aux chansons rodées comme d’habitude sur scène, pendant deux années de tournée. Histoire de se les mettre en tête et en bouche avant de les enregistrer, pratique peu commune qu’il tient de Brel. C’est vrai, y’a du nouveau dans cet album. Si l’on y retrouve la familière diction rocailleuse et les singuliers sonnets en vers et contre tous, on ne peut pas ne pas remarquer que le champion de la chanson chahutée s’est mis à… chanter : « Ça me terrorisait, avoue-t-il, je pensais que ça n’était pas à ma portée, et puis petit à petit… Je suis un complexé de la musique, ce qui a l’avantage de m’émerveiller chaque fois qu’on m’en propose une qui me plaît. Je fais confiance aux gens avec qui je travaille. »
Car Loïc Lantoine le duo est devenu Loïc Lantoine le gang. Outre l’irremplaçable François Pierron à la contrebasse polyvalente, trois complices partagent désormais l’aventure : Joseph Doherty, multi-instrumentiste irlandais vu avec Sons of the Desert ou Akosh, le guitariste Éric Philippon, dit Fil, transfuge de La Tordue, et le batteur Thomas Fiancette.
Pour souder cet éclectique club des cinq, il fallait un lien, un regard extérieur, un arrangeur ni trop arrangeant ni trop dérangé : Daniel Yvinec, musicien maestro et directeur de l’Orchestre National de Jazz, a signé une réalisation à la fois dense et précise, aux subtils détails sonores, cordes accortes et chœurs à corps, guitares tartares et percussions soniques. Résultat : douze morceaux riches et variés, âpres et tendres à la fois, chroniques amicales ou amoureuses, chansons à boire et à déboires, cris du meilleur cru d’un Loïc Lantoine au sommet de son souffle et de sa verve. Ainsi la chanson qui donne son titre à l’album, J’ai changé, prétexte à un puzzle de jeux de mots sur fond de guitare punkoïde.
Un album qui scande l’amitié (« J’y peux rien, je carbure à ça » avoue le responsable), comme dans « Au bord de la falaise », émouvante ode à la fraternité ourlée des vocaux de Fantine Leprest. Ou « Même pas honte », souvenir d’épiques bamboches vécues avec les potes de La Rue Kétanou, ainsi que « Lui », affectueuse dédicace à un copain idéal, « à la fois ange et couillon ». Un album qui parle d’amour aussi, avec « C’est toi qui moi », déclaration enflammée sur violonades psyché-planantes, « Ne bouge pas », autoportrait de l’artiste en vieux chien transi, ou « Olympe », berceuse de bienvenue pour la fille de Fil, le guitariste, née pendant une tournée.
À propos de tournée, « Je ferme » évoque la disparition d’un bistrot lillois, convivial comptoir de rencontres désormais muré derrière un rideau de fer. De quoi demeurer un « Rude chameau », expression empruntée à la grand-mère d’un Loïc qui raille par ailleurs son propre côté looser, dans un « Funambule » en équilibre sur les cordes nylon d’une guitare classique.
Du « Grand matin », vision ludique des manifs en marche vers le grand soir, à la « La grande route », final quasi-symphonique au texte mystérieux et bouleversant, tout l’album chemine ainsi, entre passion fiévreuse, transe pudique et liberté revendiquée. « Je n’écris que si je suis ému » affirme le responsable. Ça s’entend.
Loïc Lantoine est revenu. Il a changé, mais pas trop. Juste ce qu’il faut. En mieux. Merci !

Contact management : management.lesoreillesbleues@gmail.com
Contact label : contact@silene-editeur.fr
Contact booking : p.heude@asterios.fr
Contact promo : communication@asterios.fr

 

 

Voir aussi

J’ai l’honneur d’être, Brigitte Fontaine, 2013
92.2012, Kery James, 2012
Senhora da Noite, Mísia, 2011
René L’Énervé, Jean-Michel Ribes et Reinhardt Wagner, 2011

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